Jessica Fièvre est née à Port-au-Prince. Ses proches lui attribuent une
très forte personnalité. Jessica s’impose. Très jeune, elle annonçait
sa dextérité à brosser des personnages au cœur de leurs réalités.
Intelligente, tenace, d’une extraordinaire capacité d’accueil, son rire
chaleureux emplit l’atmosphère et réconforte. Jessica, c’est l’enfant
du soleil.
L’ensemble
de l'œuvre de Jessica traduit l’essentiel
du réel haïtien à travers un halo de mystère projeté sous le couvert
d’un imaginaire exubérant et inavoué. Le jeune et prolifique auteur
surprend par son talent. Son premier livre, Le Feu de la Vengeance
(1997), écrit à treize ans et publié trois ans plus tard, révèle son
talent précoce de romancière. Encouragée par son succès, Jessica livre
tour à tour au public La Bête (1999), L'Homme au Pardessus Jaune (1999), Thalassophobie (2001), La Statuette Maléfique (2001), Les Hommes en Rouge (2003), et La Bête II: Métamorphose
(2005). Elle se retrouve classée à plusieurs reprises au tableau des
meilleures ventes de Livres en Folie, foire du livre organisée
annuellement en Haïti. L'année 2007 marque ses 10 ans de publication.
Jessica prouve sa versatilité avec Le Fantôme de Lisbesth et Les
Fantasmes de Sophie.
Jessica est une récente contributrice aux revues Vis.A.Vis et Rebelle Haiti. Elle est la secrétaire de Women Writers of Haitian Descent, Inc.,
une organisation à but non lucratif établie en Floride pour encourager
le développement des femmes-écrivains d’origine haïtienne.
Mais QUI est vraiment Jessica? Nous avons interrogé quelques-uns de
ses proches: une des ses sœurs (Patricia); Fabienne et Leïla, deux de
ses meilleures amies; et aussi le professeur Marlène Fièvre, sa tante.
Une après l’autre, elle nous permettent de découvrir les différentes
facettes du jeune auteur.
JESSICA: la sœur
Patricia Fièvre-Kernizan possède un signet sur lequel est inscrit:
"Dieu a fait de nous des sœurs, mais nous avons fait de nous des
amies”. Elle dit que cette phrase lui fait toujours penser à sa plus
jeune sœur, Jessica. Tendresse, conseils, secrets, loisirs,
plaisanteries, réconfort, encouragements, petits et grands problèmes,
il n’y a rien de tout cela qui ne puisse être partagé entre les deux
femmes. Lorsque Patricia pense à une personne sur qui compter, Jessica
est le premier nom qui lui vient en tête.
"Il n’en a pas toujours été
ainsi, pourtant, nous confie la sœur de l’écrivain. Jeunes enfants,
nous étions tout comme chien et chat. J’avais intérêt à dissimuler
soigneusement toute bêtise pour empêcher que mademoiselle Jessica,
aussitôt mise au courant, ne se précipite auprès du premier adulte
rencontré pour lui vendre la mèche. Impossible de passer un moment
paisible en compagnie d’une amie, sans être constamment interrompue par
celle que je qualifiais de petite fouineuse, qui essayait de fourrer
son nez dans des affaires qui n’étaient pas encore de son âge, selon le
jugement de mes camarades et moi! Avec le temps, cependant, j’ai
compris que Jessica ne désirait rien d’autre que d’être acceptée dans mon
petit monde dont je lui interdisais si souvent l'accès. Aujourd’hui,
entendrait-elle une remarque négative à mon sujet? Avant même que j’aie
moi-même eu vent de l’affaire, elle sortirait ses griffes de
défenderesse acharnée pour remettre à sa place celui ou celle qui
aurait osé me critiquer, à raison ou à tort! Ne souhaitez pas avoir
l’une de nous comme ennemie, car si cela arrive, comptez-en deux, et
pas des plus faciles!"
Si jamais Patricia traverse un moment de faiblesse où elle se sent peu
sûre d’elle, Jessica lui fait retrouver bien vite sa confiance en elle
car, à entendre l’écrivain, sa soeur serait un des génies de ce monde!
Patricia elle-même n’est pas peu fière de ce que Jessica a déjà
accompli dans le domaine littéraire à son âge, et elle se flatte d’être
la première à lire ses écrits, à peine les premières pages du manuscrit
remplies! "Jessica dit avoir confiance en mon sens du perfectionnisme,
mais c’est plutôt à elle que j’appliquerais ce terme! La première chose
à remarquer lorsqu’on pénètre chez Jessica, c’est l’ordre méticuleux
dans lequel chaque objet est placé. Pas un grain de poussière. Gare à
celui qui ose apporter le moindre changement à cet arrangement bien
étudié!"
Comme tout un chacun, Jessica a ses petits défauts, mais Patricia pense
que ses qualités les surpassent de loin, les rendant négligeables. Son
sens du pardon et son souci des autres sont admirables. Son amour du
plus faible l’a portée à choisir comme profession l’enseignement des
enfants en difficulté. Patricia se considère chanceuse d’avoir Jessica
dans son cercle de famille proche. Elle la tient très profondément dans
son cœur.
JESSICA: l’amie
Le premier contact de Fabienne Bertrand avec Jessica remonte à cinq ou
six ans. L’atmosphère de leur rencontre n’était pas des plus
chaleureuses! Fabienne assistait à l’une des terribles scènes de colère
du jeune auteur. Heureusement, elle n’en était pas la cible! (Rire)
Fabienne nous confie: "Je m’étais alors imaginée que Jessica comptait
forcément parmi ces nombreuses benjamines qui, à leur famille, font
voir de toutes les couleurs. Pourtant, même si on dit que la première
impression est souvent la bonne, Jessou, comme je l’appelle, a été
l’exception qui confirme la règle! Les nombreuses années passées à la
côtoyer m’ont prouvé que je m’étais trompée... Jessica est un peu
‘enfant gâté’ mais ses nombreuses qualités font vite oublier ses
caprices."
Sa fougue,
sa vivacité, son beau sourire ravissent ses amies; Jessica remonte le
moral lorsque tout semble aller de travers. Si vous appréciez les gens
vivants, avec Jessica, vous êtes servi! Toujours prête à organiser une
fête, une soirée entre amis dans le but de faire plaisir à un proche ou
tout simplement pour pallier à la monotonie de la vie. "Avec Jessica,
dit Fabienne, rien d’artificiel! C’est une personne tout à fait
ouverte. Mes petites histoires -mêmes les plus folles- sont confiées
sans gêne! Jessica prête toujours une oreille attentive, si bien
qu’elle me fait penser par moments à une psychologue. Pourtant,
lorsqu'elle s' y met, elle peut se montrer très volubile et
m’entretenir de sujets les plus variés! Avec Jessica, l’ennui n’existe
pas!" Jessica a toujours quelque chose à raconter. Est-ce le fait
qu’elle ait une imagination débordante? Fabienne n’a jamais cherché à
le savoir; elle profite tout simplement de leur amitié... de cette amie
qui, de loin ou de près, lui a toujours prouvé qu’elle se soucie
d’elle, de ses activités et de ce qu’elle devient. "J’adore ce côté
tendre chez elle." Fabienne nous met cependant en garde: "Pourtant,
attention… Qui s’y frotte s’y pique! Gare à ceux qui lui cherchent
noise! Derrière le beau sourire de Jessica se cache une diablesse qui
prend surface lorsque plane une menace où lorsqu’il y a justice à
rendre! Vous n’avez qu’à lire l’un de ses romans et vous verrez de quoi
son imagination est capable! A bon entendeur, salut!"
Leila Laraque, tout comme Fabienne, tient Jessica en très haute estime.
Aux dires de la fille du célèbre Toto Laraque, Jessica est une
excellente personne, très gentille, très dévouée, très attachante,
extrêmement fidèle à ses amis... "Le moins qu'on puisse dire de
Jessica, c'est qu'avec elle on ne risque jamais de s'ennuyer, peu
importe l'endroit ou le moment. Ses professeurs et ses amis les plus
proches la décriront tous comme une personne brillante, originale,
pleine d'humour et d'imagination. D'ailleurs, ses résultats académiques
et le ‘génie’ de ses romans en témoignent largement."
Personnellement, Leïla a beaucoup aimé les livres de Jessica.
Immanquablement, Jessica sort du cadre de la réalité pour pencher dans
l'épouvante. Son amie avoue sincèrement qu'il lui arrive souvent de ne
lire ses livres qu'en un ou deux jours, - parfois en quelques heures-,
tant elle est pressée de connaître le dénouement de l'histoire.
Cependant, elle espère que Jessica osera un jour s'aventurer dans
d'autres genres. Elle s’explique: "Ayant eu le privilège de lire
plusieurs de ses petits romans inédits durant mon passage à Sainte Rose
de Lima (parfois, en plein cours!), je sais que Jessica est plus
versatile qu'elle pourrait en avoir l'air."
JESSICA: le regard de sa tante (Par Marlène Fièvre)
Le 29 avril 1981, elle lançait son premier cri à la vie. Très
tôt, Michele Jessica manifesta la volonté de tout voir, de tout
comprendre et de tout bouleverser. Quelques heures seulement après sa
naissance, ses yeux candides semblaient scruter l’imaginaire des
quelques proches qui l’entouraient. Jessica était certes la quatrième
enfant d’un couple ne comptant que des filles. Mais pour l’ensemble de
la famille, elle était spéciale: la surprise d’une grossesse non
planifiée, un cadeau du ciel, un morceau d’éternité. L’on ne pouvait
s’empêcher de la chérir. Petite fille affectueuse et d’humeur
souriante, elle évoluait sous le regard protecteur de tout un chacun de
la famille. Elle adorait s’amuser, chanter, danser, communiquer. Du
matin au soir, sa petite voix chaleureuse, enjouée, sympathique,
résonnait un peu partout, même lorsqu’elle était malade. Ses parents se
demandaient souvent comment occuper cette jeune personne surprenante,
volontaire, pétillante et dynamique. Le goût de l’aventure la portait à
escalader les murs, à grimper aux arbres… Un après-midi de juillet, ses
parents la cherchèrent en vain. Jessica avait disparu. Sa tante la
découvrit finalement sur le toit de la maison, admirant le panorama de
la ville de Port-au-Prince. Elle n’avait pas encore cinq ans…
Bientôt, ce fut le renversement de Jean-Claude Duvalier. Au sortir de
l’école, La Maison des Petits, face à une foule délirante exhibant la
photo de l’ex-président avec une tête de chien, Jessica éclatait en
sanglots et s’inquiétait. Peu de temps après, à la surprise générale,
elle prônait, à la suite de Mario de Volcy, l’exclusion des macoutes,
la réconciliation nationale en vue de l’établissement d’un Etat de
droit.
En octobre de l’année en cours, elle devait entrer en première année
fondamentale. D’où la nécessité de la lancer sérieusement dans
l’apprentissage des notions préliminaires d’écriture et de lecture.
Jusqu’ici, elle s’était montrée revêche à l’alphabet qu’elle trouvait
rébarbatif. Chaque après-midi, elle avait pris l’habitude de se
réfugier dans la chambre de sa tante. Cette dernière, profitant de
l’occasion, entreprit de lui enseigner les rudiments de la lecture à
travers les contes qu’elle appréciait tant. L’initiative se révéla
concluante car au bout de deux mois, Jessica lisait couramment.
Témoin du branle-bas politique et des bouleversements sociaux de
l’après-Duvalier, Jessica ne cessait de manifester sympathie ou
aversion à tel ou tel autre groupe politique. A l’entendre, le général
Namphy serait le sosie du président déchu. C’était donc du pareil au
même. Fortement impliquée dans le réel haïtien, elle clamait haut et
fort, l’urgente nécessité de voter la Constitution de 1987. Au
renversement du président Manigat, imbue des sensibilités politiques de
chacun des membres de sa famille, elle arriva en larmes pour présenter
ses sympathies à sa tante. Quand Mme Trouillot accéda au pouvoir, elle
exultait: "C’est une femme comme moi qui se trouve à la tête du pays…
J’en suis fière. "
En 1990, les parents de Jessica quittèrent Christ-Roi, un quartier fort
animé, pour Thomassin. Avec son calme poétique, la douceur inégalable
de sa température, la verdure environnante, le bruissement continuel
des oiseaux, Thomassin représentait pour les néophytes un petit coin de
paradis. Tel ne fut cependant pas l’avis de Jessica qui regrettait
amèrement les moments excitants, la vie houleuse de son ancienne
résidence: « Je m’ennuie à mourir dans cette maison. Ici, c’est le
calme plat, le calme de cimetière. Je ne vois plus mes anciens amis. Au
moins, à Christ-Roi, on vivait intensément avec les manifestations des
rues, les revendications permanentes, les tirs nourris à toute heure du
jour ou de la nuit… Il me vient la nostalgie des instants où je criais
à mes sœurs: ‘A plat ventre sous le lit… Mettez-vous à couvert…’»
Attitude fort paradoxale!
En Avril 1992, des obligations professionnelles portèrent sa mère à se
déplacer du pays. Il fut décidé que durant son séjour au Chili, les
deux plus jeunes viendraient rejoindre leur tante à Christ-Roi… Jessica
avait grandi et son adolescence précoce créait un climat permanent de
rébellion aux prétentions des adultes à vouloir tout contrôler: "Les
enfants ont eux aussi leur point de vue," ne cessait-elle de
claironner. La vie, cependant, continua de suivre tout doucement son
petit bonhomme de chemin, apportant, bien entendu, des hauts et des bas
au sein de la famille. Jessica évoluait dans une atmosphère plus ou
moins sereine et ses résultats scolaires ne laissaient aucun doute sur
son efficience intellectuelle.
En juillet 1996, une santé fragilisée amena sa tante en convalescence à
Thomassin. Au bout d’une semaine, Jessica lui remit le manuscrit de
soixante pages qu’elle l’invita à parcourir en ces termes : "C’est mon
premier roman, écrit il y a trois ans. Je voudrais recevoir aujourd’hui
tes critiques. Je compte sur toi." Sa tante crut à une plaisanterie,
mais entama tout de suite la lecture du document pour lui faire
plaisir. Au fur et à mesure, elle était conquise, si bien qu’elle
n’abandonnât le roman qu’à une heure très avancée de la nuit. Elle le
relut une ou deux fois le lendemain en y apportant de légères
corrections.
Ce n’était pas possible qu’une enfant de treize ans arrive ainsi à
structurer sa pensée pour offrir une œuvre non seulement cohérente mais
empreinte de réalisme. Elle l’encouragea à publier. Succès total et
enthousiasme des jeunes à identifier leur propre vécu dans Le Feu de la Vengeance.

Le premier roman de Jessica fut publié en novembre 1997. Parurent
ensuite La Bête (Avril 1999), L’Homme au Pardessus Jaune (Mai 1999),
Thalassophobie (Mai 2001), La Statuette Maléfique (Mai 2001), Les Hommes en Rouge (Mai 2003) et Métamorphose (2005). Production
évidemment prolixe, s’il faut considérer que Jessica non seulement
s’adonne à l’écriture mais accorde un intérêt particulier à ses études
qu’elle réussit brillamment.
Son premier roman, Le Feu de la Vengeance, d’une certaine manière, est
le témoignage d’une Haïti bouleversée après Duvalier. Nous y trouvons
en filigrane: la mentalité vindicative de ceux de chez nous, le
supplice du collier infligé au soi-disant Macoutes, le départ pour
l’exil d’un bon nombre de Duvaliéristes trop zélés à l’ancien régime.
Naturellement, ces tableaux se présentent sous forme de symbole. Et
comme tous les jeunes de sa génération, contrainte par mesure de
sécurité à évoluer à l’intérieur d’une maison, ses héros dans Le Feu de la Vengeance sont plus proches de ceux de ses livres de lecture que des
gens du pays…
Le pittoresque de notre environnement, de plus en plus dégradant,
heurte dans sa démesure dans La Bête, le deuxième roman de Jessica.
Tout au long de cette aventure palpitante, qui nous permet de vivre un
carnaval franchement original, la malédiction ne cesse de nous
poursuivre.
Au troisième roman, Thalassophobie, la vision d’une société malade
s’impose à notre jugement. Jour après jour, les meurtres succèdent aux
meurtres… Du sang… Encore du sang… Toujours du sang… A l’épilogue,
l’héroïne du roman se réveille d’un très long cauchemar. Et nous
découvrons enfin que la vraie thalassophobe, c’est elle.
Malheureusement, en dépit du dévouement de sa mère et des attentions de "son ami", elle n’arrive pas à sortir des dérives de ses
divagations. Suite à une déception amoureuse, l’héroïne du roman Les Hommes en Rouge--dont la personnalité s’assimile à celle de l’auteur,
pour avoir vécu dans sa chair et dans son âme l’accélération des
violences qui ont entraîné le naufrage du pays-- sombre presque dans la
folie après une tentative de suicide avortée. Ses crises répétées
l’amènent à visualiser les faits les plus marquants de son existence et
à s’interroger sur sa véritable identité. Les différentes facettes de
son MOI se succèdent dans son esprit. Qui est-elle? Finalement,
l’espoir se dessine: un groupe de jeunes s’unit pour le sauvetage du
pays avec la détermination d’aller jusqu’au bout pour combattre le
diable.
Ainsi, ce quatrième roman annonce déjà la lumière prochaine qui doit
s’étendre sur Haïti après l’extirpation d’un mal profond vieux de deux
siècles, qui a plongé le pays dans les ténèbres et bloqué son
développement. Pussions-nous à travers l’unité recherchée construire
cette HAITI DE PAIX, D’AMOUR ET D’ABONDANCE!